D'abord, une arithmétique rassurante
Le cuir chevelu porte environ 100 000 cheveux, chacun vivant son propre cycle — croissance pendant des années, repos pendant des mois, chute. Jusqu'à environ 100 cheveux par jour, c'est une relève tout à fait normale, et les vagues saisonnières (l'automne en particulier) sont bien connues et temporaires.
C'est pourquoi ma première question en consultation n'est jamais « combien de cheveux tombent », mais « qu'est-ce qui a changé » — car ce qui inquiète n'est pas la chute elle-même, mais un changement dans cette chute.
L'effluvium télogène : la cause la plus fréquente et la plus réversible
Deux à trois mois après un stress important, une maladie fébrile, une intervention chirurgicale, un accouchement ou un régime drastique, les follicules pileux « décident » collectivement de se mettre au repos — et les cheveux tombent par poignées. Cela paraît dramatique, cela a l'air dramatique — et dans l'immense majorité des cas, c'est totalement réversible.
Le piège tient précisément au délai : la chute commence des mois après le déclencheur, si bien que le lien est souvent manqué. Un journal regardant en arrière dans le temps constitue la moitié du diagnostic.
Quand la chute de cheveux mérite un examen
Une perte en plaques — des zones rondes et lisses sans cheveux. Une raie visiblement plus large ou une queue-de-cheval plus fine chez la femme. Un recul de la ligne aux tempes. Une chute associée à de la fatigue, des variations de poids, des ongles cassants ou une pâleur. Démangeaisons, rougeurs ou desquamation du cuir chevelu.
Chacun de ces signes est une raison, non de paniquer, mais de faire un diagnostic — derrière eux peuvent se cacher une carence en fer, un dysfonctionnement thyroïdien, une affection auto-immune ou une alopécie androgénétique, chacune se traitant différemment.
Pourquoi je ne commence jamais par un shampooing
Un shampooing reste quelques minutes sur le cuir chevelu et ne peut pas corriger ce que révèle une prise de sang. L'ordre dans mon cabinet est donc : anamnèse, examen du cuir chevelu et de la tige capillaire, analyses de laboratoire si nécessaire. Le traitement vient ensuite seulement.
La bonne nouvelle : une fois la cause trouvée, la chute de cheveux est l'une des affections les plus gratifiantes à traiter. La mauvaise nouvelle : les résultats se comptent en mois, pas en semaines — les cheveux poussent tout simplement lentement. C'est pourquoi nous photographions dès le départ et comparons objectivement.
Une phrase à retenir
Si vous voyez plus de cheveux sur la brosse cet automne — respirez : c'est très probablement saisonnier. Si vous voyez des plaques, un amincissement persistant ou un cuir chevelu irrité — venez consulter. Cinq minutes de dermatoscopie du cuir chevelu en disent plus que cinquante articles trouvés sur internet, celui-ci y compris.